Attraper froid, vraiment ?

  • « A…AA…AAAAAAAAtchoum !»
  • « Ça y est tu as attrapé froid ! Je t’avais dit de mettre ta veste d’hiver ce matin ! »

Lequel d’entre nous n’a jamais entendu cette phrase ? Tous les hivers, lorsque le froid arrive, arrivent aussi les premiers rhumes, les premiers « refroidissements ». À ce moment de l’année commencent les éternels avertissements : « Tu vas prendre froid si tu ne te couvres pas !», comme aiment nous le répéter nos chères mamans (et malgré tout que ferait-on sans elles !). Bon, je suppose que vous me voyez venir, et que vous pensez en ce moment même : « oui oui, on sait, on ne « prend pas froid », encore un qui va nous faire la leçon… ». Alors certes, on ne « prend pas froid », mais nos mamans n’avaient pas non plus complètement tords, le froid a bien une certaine responsabilité, et vous allez voir pourquoi. Vous êtes prêt ? On y va.

Tout d’abord le rhume c’est quoi et ça vient d’où ?

Ce qu’on appelle couramment « le rhume » est médicalement appelé « rhinite ». Cela défini une inflammation de la muqueuse du nez et est souvent accompagnée d’une « pharyngite », inflammation du pharynx. Un rhume avec un mal de cou ? Tu as donc une « rhinopharyngite ». La rhinopharyngite est dans la grande majorité des cas causée par des virus, et plus particulièrement le rhinovirus. Ce virus est responsable de 30 à 50 % des infections respiratoires hautes (haute signifiant nez et gorge en excluant donc les poumons) tout au long de l’année, et de 80% lors du pic automnal1. Pic automnal ? On y vient 😉

L’influence des saisons et de la température sur les infections respiratoires hautes

Les infections par rhinovirus ont lieu tout au long de l’année, mais la saison des refroidissements est lancée entre les mois d’août et septembre lorsqu’une forte augmentation des infections (par rhinovirus) est constatée. C’est le fameux « pic automnal » dont je vous parlais avant. Un deuxième pic d’infection par rhinovirus a lieu aux mois d’avril et mai et marque quant à lui le début de la « pause estivale »2. Entre les deux pics, d’autres virus prennent successivement le relais ce qui a pour conséquence de donner l’épidémie hivernal de refroidissement. Les virus se déplacent donc à travers la communauté de manière cyclique3.

Fréquence des refroidissements en une année
Fréquence des refroidissements en une année

Mais à quoi est donc due cette épidémie hivernale ?

Trois explications principales existent.

La première explication3,4, les comportements humains : plus il fait froid, plus l’humain reste confiné à l’intérieur, ce qui a pour conséquence d’augmenter les contacts interpersonnels. Et les virus AIMENT les contacts interpersonnels ! En effet, les virus respiratoires vont généralement se transmettre de trois manières1:

  • Par contact manuel avec des sécrétions qui contiennent le virus, soit directement (p.ex poignée de main), soit indirectement (p.ex. les barres de métro),
  • Par des petites particules qui sont en suspensions dans l’air pendant une période prolongée,
  • Par contact direct avec une grosse particule (miam, le bon postillon).

Evidemment chaque virus aura son moyen de transmission préféré, mais vous l’avez compris, en hiver il fait froid, on reste dedans, on s’entasse comme des pingouins et le virus se transmet paaartouuuut !

La deuxième explication3,4, les attributs du virus : Certains virus respiratoires (parainfluenza, influenza, coronavirus et RSV) survivent et se transmettent mieux grâce à l’humidité plus basse rencontrée dans nos maisons chauffées. Plus ils survivent et se transmettent, plus il y en a, et plus on a de chance d’être infecté.

Une troisième explication4 concerne l’air froid et sec rencontré en hiver : On l’a tous vécu, en hiver, l’air assèche notre peau, notamment nos lèvres et nos mains qui sont les parties du corps les plus exposées lorsque l’on sort. Mais cet air froid et sec va également assécher nos muqueuses des voies respiratoires. Une muqueuse trop sèche ne pourra pas efficacement empêcher les virus de pénétrer notre organisme, ce qui a pour conséquence d’augmenter la fréquence des infections respiratoires.

On retient donc de tout ça que l’hiver favorise au travers de nos comportements: la transmission interhumaine des virus; au travers de l’humidité abaissée: la survie des virus; et au travers de l’air froid et sec: la sécheresse des muqueuses et donc la pénétration de l’organisme par les virus. C’est donc bien le froid le grand responsable, mais (désolé Maman), au vu des mécanismes, mettre trois vestes deux paires de gants et une cagoule ne vous empêchera pas de tomber malade.

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1 Heikkinen T, Järvinen A. The common cold, Lancet 2003, vol. 361, pp. 51-59

2 Turner RB. Epidemiology, pathogenesis, and treatment of the common cold, Annals of allergy, asthma & immunology 1997, vol.78, pp. 531-540

Hendley JO. Epidemiology, Pathogenesis, and Treatment of the Common Cold, Seminars in Pediatric Infectious Diseases 1998, vol.9, n°1, pp. 50-55

4 Pica N, Bouvier NM. Environmental factors affecting the transmission of respiratory viruses, Current Opinion in Virology 2012, vol. 2, n°1, pp. 90-95

 

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