L’anesthésie générale, comment ça marche ?

Anesthésie générale selon un protocole inconnu

Dans cet article je vais aborder un thème qui vous a tous probablement déjà touché de près ou de loin, l’anesthésie générale. Que vous ayez déjà été opéré ou si un de vos proches s’est déjà fait opérer, alors vous vous êtes peut-être déjà posé cette question: « que se passe-t-il une fois que je me suis endormi ? ». Je ne vais pas aborder le côté chirurgical, cela serait bien trop vaste, mais je vais détailler toute la procédure anesthésique de manière générale.

Si vous êtes prêt, partons explorer le monde des marchands de sable.

Que se passe-t-il une fois que je me suis endormi ?

Avant le jour J

Je vous propose tout au long de cet article de suivre le personnage fictif de Fred. Fred souffre de calculs biliaires. Fred doit se faire opérer. Pauvre Fred…

Ça y est ? Vous êtes dans la situation ? Alors c’est parti.

A la suite du diagnostic, l’indication à une opération a été posée. Elle aura lieu dans 2 semaines. Rien de particulier d’ici là, simplement un rendez-vous avec le médecin anesthésiste prévu quelque temps avant. C’est le premier contact de Fred avec l’équipe qui l’entourera lors de son passage au bloc opératoire. Ce médecin spécialisé en anesthésie sera responsable de l’endormir et de le maintenir en vie tout au long de la procédure chirurgicale. Et cela malgré tout ce que le chirurgien lui fera subir…

Le rendez-vous préopératoire

Nous parlions donc d’un rendez-vous avec le médecin anesthésiste. Cet entretien a pour but de donner toutes les informations nécessaires à l’anesthésiste pour qu’il puisse faire son travail de manière optimale. Il voudra connaître la taille et le poids de Fred afin d’adapter le dosage des médicaments et la ventilation de vos poumons (nous verront tout cela en détail plus loin). Ses antécédents médico-chirurgicaux, ses comorbidités ainsi que les médicaments qu’il prend sont également de précieuses informations pour garantir sa sécurité. Pas de secret entre Fred et le médecin. Il observera également dans sa bouche afin de déceler de potentielles difficultés à maintenir une respiration artificielle une fois qu’il sera endormi. Oui, car comme nous le verront plus tard, sommeil implique également en anesthésie un arrêt de la respiration spontanée.

Le médecin expliquera également à Fred qu’il ne doit pas manger ni boire le jour de l’opération. C’est important, car avoir l’estomac plein lors d’une anesthésie générale comporte un risque majeur : la régurgitation de son contenu et son passage dans les poumons.

« Pourquoi cela passerait-il dans les poumons ? Cela ne m’arrive jamais si je vomis en temps normal… ! »

Certes. Mais l’anesthésie générale ce n’est pas « le temps normal ». Lorsque vous êtes sous anesthésie générale vous ne protégez plus vos voies aériennes comme vous le faites habituellement. Autrement dit le réflexe qui permet de fermer le passage vers les poumons n’est plus opérationnel.

Si Fred prend habituellement des médicaments, le médecin anesthésiste évaluera la nécessité d’arrêter ces médicaments avant l’opération. Il ne parait par exemple pas judicieux que Fred prenne des anticoagulants avant une opération chirurgicale.

Le jour J

Ça y est, c’est le grand jour. Nous conduisons Fred au bloc opératoire. L’endroit est froid, tout le monde est habillé en vert ou en bleu, un chapeau sur la tête et un masque sur le visage. Ne t’inquiète pas Fred, je vais te guider.

En fonction de l’hôpital la procédure varie. C’est pourquoi je ne développerai pas les détails du lieu où sont effectuée les différentes procédures. Une chose est sure, Fred finira endormi sur une table d’opération.

Une fois arrivé au bloc opératoire, Fred sera donc pris en charge par l’équipe d’anesthésie. On lui mettra une perfusion au niveau de la main ou du bras afin d’avoir un accès direct à la circulation sanguine. Il sera utilisé pour l’administration de médicaments ou simplement de liquide pour l’hydratation. On l’équipera de différents moyens de surveillance des paramètres vitaux afin de s’assurer du bon fonctionnement de l’organisme.

Surveillance des paramètres vitaux

  1. Le tensiomètre – c’est la manchette entourant le bras permettant de mesurer la pression artérielle.
  2. L’ECG – ou électrocardiogramme. Il permet de surveiller la fonction de votre cœur en continu.
  3. Le saturomètre – c’est la petite pince fixée au bout de l’un des doigts. Il permet de connaître la saturation en oxygène de votre sang.

Ce sont les trois appareils indispensables. Sans eux, pas d’opération.

La mesure de la pression artérielle permet de savoir si tous les organes de Fred reçoivent suffisamment de sang. C’est exactement comme la mesure de la force d’un jet d’eau. Si la pression est haute, l’eau ira loin. Si elle est basse… elle n’ira pas loin.

L’ECG nous informe principalement sur la vitesse des battements du cœur qui peut varier en fonction de nombreux paramètres et souvent simultanément à la pression artérielle.

La douleur, l’état d’hydratation et les doses de médicaments font parties des facteurs faisant fréquemment varier la fréquence cardiaque et la pression artérielle.

La saturation quant à elle nous informe principalement de l’efficacité de la ventilation pulmonaire.

Choisissez un rêve Fred… l’anesthésie va commencer

Tout est prêt. Fred est équipé. Fred a choisi un beau rêve. La pré-oxygénation peut commencer.


« Qu’est-ce que la pré-oxygénation ? »

La pré-oxygénation

C’est la première étape, primordiale, de toute anesthésie générale. Le but est de remplir entièrement les poumons de Fred d’oxygène pur. C’est à dire chasser l’azote qui compose 78% de l’air ambiant (1). Cette procédure permet de créer une grande réserve oxygène et donc de limiter le risque d’hypoxie (manque d’oxygène). Le temps d’apnée est considérablement augmenté jusqu’à 6 minutes (2) sans diminuer la quantité d’oxygène dans le sang contre 2 à 3 minutes en temps normal. Fred devient donc un véritable champion d’apnée !

Pour ce faire rien de plus simple, on demandera simplement à Fred de respirer profondément dans un masque conduisant de l’oxygène pur. En quelques minutes le tour est joué, il expirera quasiment autant d’oxygène qu’il en inspire (environ 90%, les 10% restant étant un mélange de CO2 et d’azote). C’est suffisant pour passer à l’étape suivante.

L’induction de l’anesthésie générale

L’induction est la phase où, comme son nom l’indique, l’anesthésiste induit l’anesthésie. Autrement dit c’est là que Fred va être endormi.

Trois types de médicaments sont indispensable pour l’induction d’une anesthésie générale.

  1. Les hypnotiques – pour faire dormir Fred
  2. Les antalgiques – pour que Fred ne ressente pas de douleurs
  3. Les curares – pour paralyser Fred

Les hypnotiques

Une ampoule de Propofol typiquement utilisé pour une anesthésie générale

C’est évident, on veut que Fred dorme. C’est le rôle de cette classe de médicament. Deux méthodes principales existent : les gaz (isoflurane, sévoflurane ou encore desflurane) ou des liquides dont le Propofol en le principal représentant – un liquide blanc composé d’un savant mélange d’huile de soja et d’œuf (si si, je vous assure) (3). Michael Jackson l’aimait tellement qu’il en a fait une overdose. Ils ont les deux le même objectif, mettre le cerveau dans un sommeil artificiel afin que Fred ne se rappelle de rien à son réveil.

Les antalgiques

Encore une fois évident, ne pas ressentir la douleur est capital lors d’une intervention chirurgicale. Les opiacés (famille de la morphine) sont majoritairement utilisé en anesthésie au vu de leur effet très puissant. Imaginez que l’on doit pouvoir ouvrir le ventre de Fred et qu’il ne sente absolument rien. Un tour de force.

Les curares

Les curares sont une classe de médicament paralysant, au sens littéral du terme. Ils déconnectent purement et simplement les muscles.

Mais pourquoi faire me direz-vous ? Après tout Fred dort et ne ressent aucune douleur, il n’y aucune raison qu’il bouge. Et je vous répondrai que vous avez tout à fait raison, il n’y a aucune raison de penser que Fred bougera. Il ne bougera pas. Même sans curare.

Mais alors pourquoi les curares ??

Vous le saurez dans quelques lignes. Un indice, cela nous sera indispensable pour l’intubation.

L’injection des médicaments

Voilà, Fred est bien oxygéné et nos médicaments sont prêts.

Avez-vous choisi un beau rêve Fred ? Nous allons commencer à injecter les médicaments.

Effectivement, lorsqu’on est sous anesthésie générale, on rêve. Il n’est pas rare de voir des patients se réveiller le sourire aux lèvres en disant qu’ils étaient dans un beau rêve ! Un accomplissement pour tout anesthésiste 😉

L’injection des médicaments commence par les opiacés. Cela permet de détendre le patient et d’éviter toute stimulation douloureuse dès le début. Fred va vite sentir l’effet de ce puissant médicament, un excellent apéritif pour rentrer sereinement dans le sommeil.

Immédiatement après nous passons aux hypnotiques. Comme expliqué ci-dessus, deux méthodes existent. On a souvent l’image de l’anesthésie où l’on est endormi avec un masque sur le visage nous faisant respirer des gaz. Actuellement la méthode la plus fréquemment utilisée est l’induction au Propofol. Une fois la dose correcte injectée, Fred va s’endormir en quelques secondes. Il n’aura probablement pas le temps de compter jusqu’à 20.

Voilà, Fred dort. Mais il faut savoir qu’à peine endormi, Fred a également arrêté de respirer ! Faut-il paniquer ? Non, c’est normal. L’injection concomitante d’opiacés et de Propofol provoque immanquablement un arrêt respiratoire. C’est la raison pour laquelle la pré-oxygénation était si importante, nous n’avons aucun stress.

L’intubation

L’intubation trachéale pour anesthésie générale. A) tube ; B) tube de gonflage du ballonnet ; C) trachée ; D) œsophage.

Il faut donc que nous fassions respirer artificiellement Fred et pour ce faire nous devons l’intuber. Comme vous le voyez sur l’image, l’intubation consiste à placer un tube en plastique dans la trachée afin de pouvoir faire fonctionner artificiellement les poumons.

Mais un obstacle s’oppose à nous. A l’entrée de la trachée se situent les cordes vocales. En temps normal elles bougent grâce à un muscle sur notre commande afin de pouvoir parler. Et dans cette situation les cordes vocales de Fred sont fermées ou partiellement fermées. Elles nous bloquent donc l’accès à la trachée.

On fait quoi ? On force le passage ?

Surtout pas ! C’est là que les curares rentrent en jeu. Grâce à eux nous allons pouvoir paralyser les muscles de nos cerbères de la trachée et passer notre tube sans encombre.

On injecte donc les curares à Fred et en quelques minutes le voilà complètement paralysé. La voie est libre, Fred est intubé en un tour de main. Le tube est branché au respirateur et c’est la machine qui va respirer à la place de notre patient.

Pendant l’intervention chirurgicale

Tout est sous contrôle. Fred peut respirer grâce au respirateur, ses paramètre vitaux sont sous surveillance et il dort. Pour maintenir le sommeil, les deux mêmes solutions s’offrent à nouveau à nous :

  1. Injecter continuellement du Propofol
  2. Faire respirer des gaz anesthésiants

Le choix est fait au cas par cas en fonction du patient et de l’anesthésiste. Chacune des deux méthodes a ses avantages et ses inconvénients.

Pendant l’opération le rôle de l’anesthésiste consiste à surveiller le patient afin de maintenir ses fonctions vitales, le sommeil et l’empêcher de ressentir la douleur. Oui, car ce n’est pas parce que le patient dort qu’il n’a pas mal. Il faut donc toujours s’assurer de la quantité suffisante d’antalgiques.

La fin de l’anesthésie générale – le réveil

L’anesthésie est comparable à un vol en avion. Deux phases sont délicates : le décollage (l’induction) et l’atterrissage (le réveil).

Le chirurgien a terminé son intervention, il est donc temps de réveiller Fred. Vous vous en souvenez, Fred dort et ne respire pas spontanément. On souhaite donc réveiller Fred afin qu’il récupère une respiration spontanée pour pouvoir lui enlever le tube qu’il a dans sa trachée.

Pour le réveiller, rien de plus simple. On arrête le Propofol (ou les gazes) et il se réveillera en quelques minutes. Pour enlever le tube, il faut s’assurer de 4 points :

  1. Les fonctions cardiaques de Fred doivent être stables
  2. Fred doit respirer spontanément avec une fréquence et une profondeur compatibles avec la vie
  3. Les curares doivent avoir été complètement éliminés du sang
  4. La température corporelle doit être supérieure à 35°C (ou 35,5°C selon les protocoles)

Si toutes ces conditions sont réunies, nous pouvons alors retirer le tube. Fred est encore très somnolent et nous l’amenons dans la salle de réveil où il pourra gentiment émerger de son sommeil sous surveillance médicale.

A partir du moment au Fred retournera dans sa chambre d’hôpital, le rôle des anesthésistes s’arrêtera. Notre petit moment passé avec Fred s’arrête donc aussi.

Bon rétablissement Fred ! 🙂

Sources

  1. https://fr.wikipedia.org/wiki/Air
  2. http://www.intubation.fr/francais/techniques/preoxygenation.html
  3. https://compendium.ch/mpro/mnr/9592/html/fr

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